Enquête

Par Louis Thomas Federspiel | publié le 14-12-2023 à 19:59

Qualité de l’air intérieur : parlons ventilation

On en parle peu, pourtant la qualité de l’air intérieur est une véritable question de santé publique et même un probable scandale sanitaire en devenir. Aujourd’hui, la réglementation française n’impose que des solutions de ventilation tenant compte de l’hygrométrie, ce qui n’est pas suffisant.

Un réseau d’artisans pas comme les autres
Qualité de l’air intérieur : parlons ventilation
Pour garantir la meilleure qualité possible d’air intérieur, les systèmes de ventilation ne doivent pas se borner à mesurer l’hygrométrie, mais aussi le CO2, à l'instar de cet appareil Duco.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la qualité de l’air est souvent bien moindre en intérieur qu’en extérieur, même en ville. Dans un espace clos, qu’il s’agisse d’un logement, d’un bureau ou de tout bâtiment recevant du public, comme une école, par exemple, la qualité de l’air est dégradée par la seule présence des êtres vivants qui s’y trouvent. En respirant, ils consomment de l’oxygène et rejettent du CO2. Cette diminution du taux d’oxygène s’accompagne d’une montée du niveau d’humidité produite par la respiration, la sudation et l’utilisation des pièces humides que sont la salle de bains et la cuisine. Le défaut de ventilation peut ainsi favoriser les virus et le développement de moisissures, sans oublier d’autres sources insoupçonnées de pollution comme les bougies ou l’encens, la pratique du bricolage (sciage, ponçage ou peinture, par exemple) et même les meubles en bois aggloméré (de type Ikea) qui dégagent des vapeurs toxiques cancérigènes probables* dans les premiers mois suivant leur déballage !

Pour votre santé, ventilez !

La ventilation d’un logement est donc éminemment nécessaire pour le bien-être et la santé de ses occupants. Dans les logements anciens non rénovés, elle se résume généralement à une ventilation dite naturelle qui consistait à implanter une arrivée d’air en partie basse de la pièce humide (salle de bains et WC), juste au-dessus du plancher, et une sortie au niveau du plafond, la convection naturelle étant supposée faire le reste. L’avantage de la ventilation naturelle est sa simplicité et sa gratuité (pas de consommation électrique), mais son inconvénient majeur est l’impossibilité de maîtriser le débit d’air : s’il est trop important, on peut refroidir le logement plus que de raison et occasionner un surcoût en chauffage. S’il est insuffisant, l’air peinera à se renouveler et sa qualité restera dégradée, ce qui peut être facilement le cas dans une salle de bains ou une cuisine. C’est pour ces raisons que la VMC s’impose en rénovation, notamment à l’occasion du remplacement des portes et fenêtres.

Une meilleure isolation impose une meilleure ventilation

En effet, lorsqu’on se lance dans la rénovation d’un logement ancien, le remplacement des ouvrants, et plus encore l’isolation des combles ou des mûrs, a pour effet de réduire l’entrée de l’air extérieur dans le logement. C’est l’effet recherché, mais si les performances énergétiques y gagnent, la qualité de l’air a toutes les chances d’y perdre si l’on ne met pas en place simultanément un système de ventilation adapté.

S’agissant des logements neufs, la ventilation est prévue dès la conception. Mais lorsqu’on rénove un bâtiment ancien pour en améliorer l’isolation, il ne faut pas négliger sa ventilation. L’amélioration de la performance énergétique des logements ne saurait se faire au détriment de la santé des occupants ! D’autant que la qualité de l’air n’est pas une question anodine, mais un véritable problème de santé publique. D’après les données de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire), la pollution de l’air intérieur est responsable d’au moins 20 000 morts prématurées chaque année en France. Un niveau impressionnant auquel le public n’est pas sensibilisé, alors que ces données sont indiscutables et disponibles depuis de nombreuses années…

Hygrométrie et CO2

La solution est donc une ventilation mécanique. Elle peut être ponctuelle (VMP) ou contrôlée (VMC) et s’agissant des VMC, elle peut être à simple ou double flux. Nous aurons l’occasion de revenir dans un prochain article sur les distinctions entre les différents types de ventilation et leurs avantages respectifs, mais il est à noter que la majorité des systèmes proposés sur le marché français ne mesure que l’hygrométrie. Le niveau d’humidité dans l’air intérieur est certes une donnée importante, mais comme nous l’avons expliqué, le niveau de CO2 est tout aussi essentiel, non seulement parce qu’il traduit un manque d’oxygène, mais aussi parce que le CO2 est le meilleur indicateur du confinement de l’air intérieur. Autrement dit, lorsque le CO2 y est massivement présent, on retrouve aussi tous les autres polluants qui affectent la qualité de l’air intérieur : les COV (composés organiques volatiles) parmi lesquels on doit citer le formaldéhyde*, les particules fines en suspension, le radon (dans les régions concernées), etc.

Les atouts d’une ventilation premium

Avec une ventilation hygroréglable, en dépit de ses qualités, on observe une sous-ventilation pendant la nuit, car si l’humidité de l’air monte alors doucement, dans les chambres, le niveau de CO2 grimpe beaucoup plus rapidement pour atteindre un niveau dangereux dès le milieu de la nuit. Si l’on attend le matin pour aérer, il est déjà trop tard : on a respiré un air vicié pendant plusieurs heures. À cet égard, la réglementation française est en retard sur celle de plusieurs autres pays européens, notamment la Belgique…

Il convient ici de citer la marque belge Duco, partenaire du Réseau Proéco Energies et désormais distribuée en France. En effet, ses VMC embarquent des capteurs d’hygrométrie pour les pièces humides et de CO2 pour les pièces de vie et peuvent faire varier le débit pièce par pièce en fonction des besoins détectés. Une solution qui dépasse les exigences de la réglementation française mais répond aux avertissements de l’Anses et l’OMS. Il est évident que tôt ou tard, les pouvoirs publics s’empareront de cette question et que le public exigera des solutions plus efficaces que celles proposées actuellement. Espérons que les professionnels auront pris les devants et seront prêts à répondre à ces attentes.

En attendant, à défaut d’équiper votre logement d’un système de ventilation efficace, nous ne saurions trop vous recommander d’ouvrir en grand vos fenêtres 5 à 10 minutes par jour, hiver comme été, afin de renouveler l’air intérieur de votre logement. Ce geste simple est encore trop largement oublié…

*Formaldéhyde : c’est un composé organique volatil (COV) que l’on retrouve communément dans l’air intérieur des résidences. Appelé couramment formol, il est présent dans de nombreux produits de consommation comme les produits de bricolage, d’entretien, les revêtements de murs, de sols ou de meubles, les matières plastiques, etc.

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